30/11/2009
"Lettre ouverte à Henri Guayno" par Bertrand Renouvin

Lorsque Nicolas Sarkozy avait voulu, en févier 2008, « confier la mémoire d’un des 11000 enfants français victimes de la Shoah » à tous les enfants de CM2 j’avais dénoncé cet acte de division, d’une violence inouïe et conclu par ces mots : sur la Résistance et sur la Déportation, il faut que Nicolas Sarkozy se taise désormais.
Plus tard, j’appris que le supposé président avait découvert son texte en le prononçant devant ses auditeurs du CRIF, comme s’il s’agissait d’un banal discours de campagne électorale. Je ne peux plus m’adresser au personnage désinvolte qui, ce soir-là, ajouta l’insulte à l’insulte. C’est donc au rédacteur attitré des discours élyséens que je m’adresse.
Ça suffit, Henri Guaino. Cessez de manipuler le souvenir de la Résistance. Cessez d’utiliser, pour les besoins de la propagande officielle, la mémoire des combattants, des fusillés, des déportés.
Vous provoquez le scandale. La petite fille de Marc Bloch vous a adressé une lettre indignée (1). Je partage d’autant plus sa réaction que le nom de mon père, le combat de mon père, le sacrifice de mon père ont été naguère utilisés à des fins très personnelles, de glorification ou de justification, dans le parfait mépris de ce que nous pouvions ressentir, ma mère et moi. Du moins, cet homme sans scrupules avait lutté au péril de sa vie, ce qui n’est votre cas, Henri Guaino.
Vous vous direz que ce que j’écris n’a pas d’importance parce que je ne pèse plus rien dans la vie politique. Je me moque de vos calculs et supputations. Sachez simplement que j’approuve l’injonction de Suzette Bloch : « Laissez Marc Bloch tranquille, M. Sarkozy ».
Oui, ne touchez pas à nos souvenirs, Henri Guaino. En invoquant Guy Môquet, vous avez provoqué la division et la gêne. Sans tenir compte de cet avertissement, vous récupérez quelques phrases de Marc Bloch pour enjoliver le discours sur « l’identité nationale ». Discours médiocre dans sa formulation et ignoble dans son intention puisqu’on tente de dresser les Français contre des étrangers désignés à la vindicte publique sur critères « ethniques » et religieux. J’en connais quelques uns, que je m’efforce d’aider. Sachez, Henri Guaino, qu’ils sont plus cultivés que vous. Sachez qu’il leur faut éprouver un immense amour de la France pour supporter les humiliations qu’on leur fait subir, alors même qu’ils sont en règle - ou qu’ils pourraient l’être si des bureaucrates ne leur refusaient pas les papiers qu’ils sont en droit d’obtenir.
Laissez-nous tranquilles, Henri Guaino. Vous nous faites du mal. J’hésite à dire « nous, les enfants de fusillés et de déportés » car personne ne m’a mandaté. Mais j’ai de la peine à dire « je ». L’avez-vous remarqué ? Dans sa lettre, Suzette Bloch dit qu’il lui a fallu, pour l’écrire, surmonter sa « timidité ». Beaucoup, parmi nous, refusent de parler de ce qu’ils continuent d’éprouver malgré le temps qui passe. Ils gardent, nous gardons le silence sauf lorsque nous sommes entre nous, sauf lorsque nous retrouvons les rescapés dans les associations de résistants et de déportés qui nous accueillent. Silence sur la douleur. Silence parce que nous ne voulons pas blesser, parce que nous craignons la concurrence des victimes que les médias sont toujours prêts à exploiter sous prétexte de compassion.
Les conflits de la Résistance, les heurts entre rescapés, nous les connaissons. Laissez-nous répondre aux historiens qui savent, eux, s’adresser à nous en respectant notre timidité. Nous leur faisons confiance. Mieux : ils nous sont indispensables parce que les livres qu’ils écrivent seront, après nous, les meilleurs agents possibles de la transmission de ce qui eut lieu pendant la seconde guerre mondiale.
J’aimerais écrire : « foutez-moi la paix, Henri Guaino ». Mais la paix, je ne l’aurai jamais. Du moins ne venez plus troubler une tranquillité de surface en m’obligeant à sortir, une fois encore, de ma réserve.
Bertrand Renouvin
(1) « Laissez Marc Bloch tranquille, M. Sarkozy », par Suzette Bloch & Nicolas Offenstadt, Le Monde du 29 novembre 2009.
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29/11/2009
Pierre Cormary
Pierre Cormary poursuit sa lecture du masochisme dans le deuxième volet de L'enfant qui criait au loup.
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28/11/2009
Aliénor raconte sa vie

Aliénor et Swann ont quitté la maison pour passer la semaine chez leur maman. Demain, je ferai mes bagages : direction Montpellier. Sur mon disque dur, ce monologue d'Aliénor, enregistrée à son insu alors qu'elle me racontait une histoire interminable (sourire).
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25/11/2009
Expo 4+1
Vendredi 27 novembre 2009, à 19h30, se tiendra à l'Hotel Particulier (4, rue Bac Ninh - 33000 Bordeaux) le vernissage de l'exposition collective "4+1" de l'association Black Empire. L'occasion de découvrir les travaux de Méhani Patrigeon, Bruno Hugand, Richard Biardeau, Jean-Pierre Rey et Philippe Gaildraud. Ce vernissage sera suivi à 20h30 d'un concert de Moravagine.
Je regrette de ne pas être bordelais ce jour-là.
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24/11/2009
SM
Les Fêtes approchent, et notre charmante Aurora dresse (sic) sa liste de cadeaux qu'elle enverra au Père-Noël.
Et puisque nous sommes dans le SM, je vous signale un très intéressant article de Pierre Cormary sur le masochisme.
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"Pratiques de l'image"

Le vendredi 27 novembre 2009, au bar l'Escalme à Paris (11e), la revue 2.0.1. organise une soirée à l'occasion de la parution de son troisième numéro consacré aux "pratiques de l'image". On pourra notamment y lire un article de Camille Pageard intitulé Le Lascaux de Georges Bataille : mise en image de la grotte.
La revue 2.0.1. est animée par une association de doctorants en arts de l'université Rennes 2 Haute-Bretagne.
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23/11/2009
La poésie cosmétique
En 2008, à l'occasion du Printemps des poètes, mon ami Jean-Michel Devésa faisait remarquer que la poésie, faute d'habiter le quotidien de chacun, n'était plus qu'un produit cosmétique comme les autres. Ce constat, désabusé et néanmoins souriant, me touche infiniment. Combien il serait utile de rappeler cette phrase d'Isidore Ducasse (dont l'oeuvre vient d'être rééditée en Pléïade) : "La poésie doit être faite par tous." Ou bien cette autre : "La mélancolie et la tristesse sont déjà le commencement du doute ; le doute est le commencement du désespoir ; le désespoir est le commencement cruel des différents degrés de la méchanceté."
Jean-Michel qui, aujourd'hui, cite sur son blog Philippe Forest. Une phrase, notamment, me percute : "La vision prophétique brute est toujours à l'horizon du récit vrai."
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Lettre de Jacques Sapir
Bertrand Renouvin vient de publier sur son blog une lettre de Jacques Sapir sur un projet du gouvernement qui ne m'étonne malheureusement pas. En voici la teneur :
Mon Cher Bertrand,
Je viens d'apprendre que le Ministre de l'Éducation Nationale vient de décider de supprimer l'Histoire et la Géographie comme matières obligatoires (il se propose de les maintenir dans un cadre optionnel) en Terminale Scientifique. Je suis anéanti et scandalisé par une telle décision.
Tout le monde peut comprendre, au vu de ce qu'est un lycéen aujourd'hui, et plus particulièrement dans une section scientifique avec une spécialisation renforcée par la réforme, qu'une telle décision va aboutir à la suppression totale de cet enseignement. Très peu nombreux seront les élèves qui prendront une telle option. Nous ne devons donc nourrir aucune illusion. Le caractère démagogique de la mesure est évident.
Il fait reposer sur les élèves la décision de prendre ou de ne pas prendre les cours d'Histoire et Géographie à un moment où la spécialisation de la filière vient d'être réaffirmée. Alors que, aujourd'hui, plus de 50% des élèves ont choisi la Terminale Scientifique, ceci revient à enlever l'enseignement d'Histoire et Géographie à cette même proportion. Seul le rétablissement de l'Histoire et de la Géographie dans le cadre de cours obligatoires peut garantir qu'elles seront suivies par les élèves des Terminales Scientifiques.
Cette scandaleuse décision survient au moment même où, de la commémoration de l'anniversaire de la mort de Guy Môquet au grand débat sur « l'identité nationale », en passant par le projet d'un musée de l'Histoire de France, la question de l'Histoire, mais aussi de la Géographie (car la conscience nationale s'enracine dans des pays et des paysages) occupe une place centrale dans notre pays. On se souvient du livre de Fernand Braudel Identité de la France, et de la place qu'il donnait à la fois aux paysages et à l'Histoire dans la construction d'un sentiment national. Ce dernier ne saurait renier ce qu'il doit à ces deux disciplines ou alors, mais nous n'osons croire que tel soit le projet du gouvernement, cela reviendrait implicitement à le faire reposer sur une couleur de peau ou une religion, avec ce que cela impliquerait pour le coup comme rupture avec ce qui fait l'essence même du sentiment national en France.
On peut alors s'interroger sur la logique d'une telle politique qui prétend faire de la conscience nationale une priorité, qui va même jusqu'à créer à cette fin un Ministère de l'Intégration, et qui la retire en réalité à la moitié des élèves de Terminale. Ce n'est plus de l'incohérence, c'est de la schizophrénie.
Au-delà, les raisons sont nombreuses qui militent pour le maintien d'un enseignement d'Histoire et de Géographie pour les Terminales Scientifiques.
Dans la formation du citoyen, ces disciplines ont un rôle absolument fondamental. La compréhension du monde contemporain, de ses crises économiques ou géostratégiques, des rapports de force qui se nouent et se dénouent en permanence entre les nations, implique la maîtrise de l'Histoire et de la Géographie. Est-ce à dire que, pour le Ministère de l'Éducation Nationale, les élèves des Terminales Scientifiques sont appelés à être des citoyens de seconde zone ? Est-ce à dire que l'on n'attend plus d'un mathématicien ou d'un physicien qu'il soit aussi un citoyen ? Ou bien, voudrait on ici organiser à terme une France à deux vitesses où d'un côté on aurait de grands décideurs dont la science serait au prix de leur conscience, et de l'autre le simple citoyen auquel on pourrait laisser ce savoir si nécessaire car devenu sans objet dans la mesure où ce dit citoyen ne pourrait plus peser sur les décisions politiques ? Il est vrai que l'on peut s'interroger aujourd'hui devant la réduction, sans cesse croissante, de la démocratie à ses simples formes, qui ont elles-mêmes été bafouées comme on l'a vu pour le vote du referendum de 2005.
Par ailleurs, cette décision est en réalité autodestructrice pour notre économie dont on prétend cependant que l'on veut en pousser l'externalisation. Aujourd'hui, dans les formations de pointe, qu'il s'agisse de Polytechnique (Chaire de management interculturel), des autres Grandes Écoles (École des Mines, École des Ponts et Chaussées) ou des Écoles de commerce et de gestion (HEC, ESSEC, SupdeCo, etcŠ), qui toutes impliquent de la part de l'étudiant une Terminale Scientifique, l'accent est mis sur la compréhension du monde contemporain. Ceci nécessite une formation de base en Géographie (humaine, économique et géopolitique) mais aussi une formation en Histoire afin de fournir les bases de compréhension des évolutions du monde contemporain. Ceci correspond à une demande spécifique des entreprises françaises qui sont de plus en plus engagées dans un processus d'internationalisation de leurs activités. Qu'il s'agisse de la question des contrats, ou encore du développement d'activités à l'expatriation, la connaissance des fondements historiques, géographiques et culturels de ces sociétés, qui pour certaines sont très différentes de la nôtre, est absolument indispensable. L'absence de ces disciplines, ou la réduction de leurs horaires à la portion congrue, défavoriseraient considérablement ceux des élèves de Terminale Scientifique qui ne veulent pas s'orienter vers des activités strictement en liaison avec les sciences de la nature.
Mon cher Bertrand, c'est donc avec le sentiment que quelque chose de très grave est en train de se produire si nous n'y prenons garde que je t'écris. Moi-même, en temps qu'économiste, je ne cesse de mesurer ce que ma discipline doit à l'Histoire (pour l'histoire des crises économiques mais aussi des grandes institutions sociales et politiques dans lesquelles l'activité économique est insérée) mais aussi à la Géographie avec son étude des milieux naturels et humains, des phénomènes de densité tant démographique que sociale. Comment peut-on penser la crise actuelle sans la mémoire des crises précédentes ? Comment peut-on penser le développement de l'économie russe hors de tout contexte, comme si ce pays n'avait pas sa spécificité de par son histoire mais aussi de par son territoire ? Nous savons bien que les processus économiques ne sont pas les mêmes dans les capitales, à Moscou et à Saint-Pétersbourg, et dans les régions.
On voit donc bien que si l'Économie n'est pas le simple prolongement de l'Histoire et de la Géographie, elle perd toute pertinence à ne pas se nourrir à ces deux disciplines, et ceci sans que cela soit exclusif d'autres (comme l'Anthropologie ou la Sociologie).
C'est pourquoi j'ai pris la liberté de t'écrire en espérant que, comme moi, tu seras scandalisé par cette décision. Il faut donc arrêter cette mesure avant qu'il ne soit trop tard, et pour cela susciter le mouvement de protestation le plus important possible. Je compte sur toi pour donner le plus de publicité possible à cette lettre.
Avec mes amitiés
Jacques Sapir
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22/11/2009
Giambattista Vico
Giambattista Vico, La science nouvelle : « Les hommes sentent d'abord la nécessité ; plus tard ils prennent soin de ce qui est utile ; ils recherchent ce qui est commode, ensuite ce qui est agréable ; ils se perdent dans le luxe, et enfin ils dépensent follement ce qu'ils possèdent. »
« Les peuples sont d'abord naturellement cruels ; ils deviennent ensuite sévères, puis bienveillants, délicats ; et enfin ils s'énervent. »
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21/11/2009
Naissance
Marcheprime, ciel bleu. Je sors de chez mon dernier client, le colloque de Jean-Michel Devésa commence dans deux heures : direction Bordeaux. La route, rectiligne, traverse la pinède. Ils me sont familiers, ces pins maritimes. Je les ai connus secs et odorants, humides et sombres, rugueux sur la peau des baisers, furtifs les nuits de pleine lune. J'aurais pu vivre des années ici, m'y « installer ». Mais non, bien sûr... Je n'ai jamais pu « m'installer ». J'ai donc quitté le Sud-Ouest pour la Normandie, et pour une femme qui... On ne devrait jamais agir de manière décisive lorsqu'on est amoureux. Combien d'années déjà ? Dix ? Vingt ? Presque vingt ans. Quel Gilles serai-je aujourd'hui si je n'étais pas parti ? Va savoir... Trop tard de toute façon : avec des si on mettrait sa vie dans un flacon. Une chose est certaine : Aliénor et Swann ne seraient pas nés et, rien que pour cela, j'ai bien fait de partir. C'est si aléatoire une naissance, si improbable... Cette question me donnait le vertige, enfant... Si papa et maman ne s'étaient pas rencontrés ? Si papa n'avait pas postulé chez ce fleuriste où, précisément, travaillait maman ? Et si, et si, et si et si et si... Je n'en finissais pas d'énumérer la succession des circonstances qui avaient mené à ma naissance (ce qui, j'avoue, était très orgueilleux de ma part). En somme, j'écrivais mon premier roman. Le mystère des origines, voilà sans doute le sujet de tous les romans. Avec les nouvelles techniques de reproduction, la littérature ne peut qu'être bousculée. D'où l'intérêt de les étudier.
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