21/11/2009
Naissance
Marcheprime, ciel bleu. Je sors de chez mon dernier client, le colloque de Jean-Michel Devésa commence dans deux heures : direction Bordeaux. La route, rectiligne, traverse la pinède. Ils me sont familiers, ces pins maritimes. Je les ai connus secs et odorants, humides et sombres, rugueux sur la peau des baisers, furtifs les nuits de pleine lune. J'aurais pu vivre des années ici, m'y « installer ». Mais non, bien sûr... Je n'ai jamais pu « m'installer ». J'ai donc quitté le Sud-Ouest pour la Normandie, et pour une femme qui... On ne devrait jamais agir de manière décisive lorsqu'on est amoureux. Combien d'années déjà ? Dix ? Vingt ? Presque vingt ans. Quel Gilles serai-je aujourd'hui si je n'étais pas parti ? Va savoir... Trop tard de toute façon : avec des si on mettrait sa vie dans un flacon. Une chose est certaine : Aliénor et Swann ne seraient pas nés et, rien que pour cela, j'ai bien fait de partir. C'est si aléatoire une naissance, si improbable... Cette question me donnait le vertige, enfant... Si papa et maman ne s'étaient pas rencontrés ? Si papa n'avait pas postulé chez ce fleuriste où, précisément, travaillait maman ? Et si, et si, et si et si et si... Je n'en finissais pas d'énumérer la succession des circonstances qui avaient mené à ma naissance (ce qui, j'avoue, était très orgueilleux de ma part). En somme, j'écrivais mon premier roman. Le mystère des origines, voilà sans doute le sujet de tous les romans. Avec les nouvelles techniques de reproduction, la littérature ne peut qu'être bousculée. D'où l'intérêt de les étudier.
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09/10/2009
Bébé
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07/10/2009
Laisse-toi faire

"Laisse-toi faire", me chuchotes-tu en menottant mes poignets de tes mains. Assise à califourchon, tu enserres mon bassin entre tes mollets et coulisses lentement sur moi. Tu souris, te penches vers mon oreille droite : "J'aime sentir mes lèvres se retrousser sur ton passage". Tu te redresses, me laisses un instant croire que ton ventre me laisse s'échapper - non je ne sortirai pas complètement à l'air libre : tu te penches de nouveau presses mes poignets me happe m'aspire dans tes renfoncements. Je te repousse un peu, tente de me dégager... Tu te visses davantage encore, t'immobilise... "Dis-moi ce que tu ressens, là, en ce moment"...
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06/10/2009
Maintenant
Je reprends mes exercices : chronomètre, dix minutes pas davantage. Le Temps est mon ami : je joue avec lui, je le taquine ; il pose des cônes sur la page asphaltée, je trace, je pivote, je contourne, me faufile en rythme entre ces jalons impassibles. La vie, c'est maintenant, et maintenant, et encore maintenant. N'attends pas demain : il sera trop tard. Pan ! Pan ! Aliénor braque son revolver dans ma direction : "Je te tue, papa !"
Attends encore un peu, ma chérie...
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11/09/2009
Questionnaire

Vous préférez Hitler ou Staline ?
Aucun des deux : l'alternative n'est pas positive.
Vous préférez votre père ou votre mère ?
Je préfère être le père de ma mère.
Le mot le plus con en amour, est ce que c'est merci, encore ou oui-oui ?
Toujours.
Comment vous aimeriez mourir (overdose, assassinat, crash d'avion, dans votre vomi...) ?
Pendant mon sommeil.
Quel est l'animal qui embrasse le mieux ?
Le hérisson.
Vous préférez mourir tout de suite et aller au paradis ou bien dans trente ans et aller en enfer ?
"Le paradis est où je suis." Voltaire
Vous vous lavez les cheveux tous les combien ?
Tous les jours.
Est-ce que vous accorderiez plus de circonstances atténuantes à un vieux qui se tape des jeunes ou un jeune qui tape des vieilles ?
Je ne suis pas magistrat.
Si vous aviez un perroquet, qu'est-ce que vous lui apprendriez comme phrase : " T'as fermé le gaz ? ", " T'as pensé à la capote ? ", ou bien " Coco, arrête-là Coco ! " ?
"T'as fermé le gaz ?"
Est-ce que vous accepteriez de mourir, tout de suite, subitement, là, maintenant, si ça devait éradiquer pour toujours la pauvreté dans le monde ?
Non.
Est-ce que vous auriez plus honte que votre meilleur ami trouve sur votre table de chevet un livre de Claire Chazal ou une poupée gonflable ?
"Honte" ? Connaît pas.
Est-ce que vous préférez un président d'extrême droite élu au suffrage universel ou pas d'élection du tout ?
Pas d'élection.
Vous préférez être mordu, pincé ou piqué ?
Mordu, mais pas dans n'importe quelle circonstance.
Quel mot détestez vous prononcer ?
Imprononçable...
Vous préférez avoir un nez supplémentaire, un oeil supplémentaire, un doigt supplémentaire, un sexe supplémentaire ?
Un oeil supplémentaire.
Est ce que vous préférez une femme qui n'aime pas tellement faire l'amour mais qui est fidèle ou une femme qui aime faire l'amour mais qui est infidèle ?
Une préférence pour la deuxième ?
Si vous étiez en vente dans un sex-shop, qu'est-ce que vous seriez ?
Un livre.
Imaginez : nous sommes dans un chalet l'hiver, sous la neige, on est mort de froid, on meurt de faim et pour survivre vous êtes obligé de me manger ; par quelle partie du corps vous commencez ?
Les joues.
Vous croisez un extra-terrestre le matin en allant acheter vos cigarettes, il vous demande qui vous êtes, vous lui répondez quoi ?
"On ne vous a pas appris la politesse ?".
Est-ce que vous seriez plus gêné d'être surpris par votre femme au lit avec deux filles ou avec un mec ?
Rires
Imaginez, vous avez commis un crime, à qui demanderiez vous de vous aider à cacher le corps ?
Gilles de Rais bien sûr.
Avec qui préféreriez vous passer la nuit, Anne Sinclair, Laure Sinclair ou Bob Sinclair ?
Je prends les trois.
Quel est le sport le plus con ?
Commentateur sportif ?
Si vous deviez partir sur une île déserte, vous préféreriez partir avec une fille très laide ou un mec très beau ?
Un mec très beau, mais vous aviez dit " déserte "...
Si vous deviez mourir dans un accident d'avion, vous préféreriez que ce soit Air France, Varig ou Egypte Air ?
Pourquoi toujours mourir ?
Est-ce que vous pouvez me dire qui est Bataille, qui est Fontaine ?
Deux jalons.
Question Clotilde Coureau : est-ce que vous embrasseriez cent fois les chaussettes sales de votre mec ou de votre femme par amour ?
Quelle connerie.
Allez, je vous cède le micro, je veux dire qu'il me ferait plaisir de lire vos réponses ici ou chez vous...
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10/09/2009
Supermarché
Le supermarché va ouvrir sous peu. Les employés finissent de bourrer leurs rayons respectifs des marchandises livrées à l'aube. Emballages cartonnés, films plastiques jonchent le sol, encombrant les allées. Il faut tout dégager avant neuf heures, effacer toute trace de travail puis disparaître dans les réserves.
Gilles passe en revue ses allées, ramasse un morceau de carton qui traine. « Votre supermarché Stoc ouvre ses portes », récite mécaniquement l'hôtesse. « Nous vous souhaitons une bonne journée et d'excellents achats ! » Le bruit des chariots métalliques, pressés, nombreux, se rapproche de Gilles. Il bat en retraite vers sa réserve, traverse le rayon Parfumerie... Renversé, un casier à bouteilles sert de marchepied très chancelant à une adolescente aux jambes nues. Vêtue d'une mini-jupe claire, hissée sur la pointe des pieds, les bras tendus, elle peine à ranger les eaux de toilette qui sont terrées au fond de la dernière étagère. « Je peux vous aider ? - Merci, c'est gentil. – Vous venez d'arriver ? - Oui. - Café ? » Elle n'a pas le temps. Une autre fois...
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08/09/2009
Duel
En réponse au charmant billet d'Anaïs, voici une petite improvisation :
Dans un souffle, le témoin vêtu de cuir noir forme les mots : En garde.
La jeune femme est très calme. Elle tient avec assurance l'épée scintillante dont la pointe trace de petits cercles dans l'air matinal de septembre... Juste un coup d'oeil à cette épée - elle est vraiment très belle - avant de fixer les yeux de la jeune femme : c'est de là que partiront les attaques, les feintes, les fausses retraites, les contre-attaques. L'homme le sait depuis longtemps : s'il regarde la main qui tient l'épée, il est mort : le coup l'aura déjà atteint avant qu'il ait pu réagir. C'est dans le regard de l'adversaire qu'il verra le coup qui lui sera porté. A lui de le deviner.
La jeune femme tourne autour de lui, cherchant l'angle favorable, le point faible... Très attentive, elle offre un regard joueur, presque frivole : c'est pour mieux tromper son adversaire. On dit qu'elle a une botte secrète... Le témoin vêtu de cuir noir se tient en retrait contre le tronc d'un chêne. La vie de la jeune femme peut cesser ce matin même. Il l'a préparée, accompagnée... peut-être devra-t-il, tout à l'heure, baisser ses paupières. Cette idée lui fait horreur. Mais il sait aussi que, sans ce risque de la perdre, s'évanouirait le pur bonheur qu'il connaît avec elle (car la jeune femme n'en est pas à son premier duel).
Soudain les lacets de velours et de soie esquivent le tranchant de la lame. l'homme a lancé une attaque. La jeune femme sourit : c'est ce qu'elle veut... qu'il se découvre et prête malgré lui le flanc à une contre-attaque... La jeune femme recule, il faut qu'il avance davantage... le laisser venir... Elle bondit, feint de porter un coup à l'épaule, il pare et découvre son flanc que la jeune femme vise aussitôt... A peine a-t-il le temps d'esquiver ce second coup que la jeune femme le contourne et l'attaque sur la gauche (on lui avait dit qu'elle était dangereuse). Il la repousse, plonge sur elle à deux reprises, l'obligeant à reculer précipitament à petits pas - elle trébuche sur une branche, perd un instant l'équilibre, se reprend, attaque de nouveau, ferraille de plus belle les lames se croisent se frôlent se heurtent crissent "Epée au fourreau ! Epée au fourreau !" crie le témoin vêtu de cuir noir en se précipitant vers eux : "Les gardes du Cardinal !"
Le véhicule bleu s'arrête à la hauteur des trois compères. Deux hommes en descendent : "Gendarmerie nationale : vos papiers s'il vous plaît." La jeune femme et les deux hommes obtempèrent. "Que faites-vous dans cette forêt ?" demande l'un des deux gardes. "Nous ramassons des chanterelles, répond l'homme à l'épée. C'est la saison !"
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30/07/2009
Agonie
Tes doigts s'accrochent à ma nuque. Ton visage face au mien, tu saisis mon regard - "Attends..." - happes de ta bouche mes lèvres, plaques ton ventre contre moi. Je te pousse, t'embarque, tangue - nous traversons toute la chambre - t'encastre dans l'étroit espace creusé entre mur et armoire. Captive, tu veux te débattre tu te tords - "Non !" - tu me repousses crispes tes cuisses musclées, je te force à les écarter, tu souris - "Jamais ! Ca jamais !" - je pénètre pourtant en toi, cuisse pesant sur ma main, ta jambe ceinturant mes reins - "Baise-moi comme une putain !" - Tes mains veulent pousser le mur, tu tapes fort contre l'armoire - ça bascule ça s'écroule d'un coup tu perds l'équilibre "Atten..." t'agrippes à mon cou "...tion !"...
Abattue, l'armoire agonise sur le parquet.
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29/07/2009
Asymétrie
Sans doute, les phrases... Elles dialoguent entre elles, elles se donnent la réplique sur une scène asymétrique. Là réside l'art du décasyllabe : tantôt équilibré, tantôt glissant. J'aime cette balançoire du sens. L'instant, face au miroir, cligne de l'oeil et s'enfuit dans un éclat de rire.
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26/07/2009
Brune
Le soleil s'est réfugié là-bas, dans la forêt. Enfoui sous les feuillus, il a laissé derrière lui cet horizon rose pâle, seule trace de sa fuite. Le ciel, encore bleu, est égratigné de blanc par quelques nuages effilés, comme les mollets d'un enfant après avoir traversé un flot de ronces. Quelques abeilles s'attardent dans le tilleul. Les criquets rivalisent avec le ronronnement lointain d'une moissonneuse batteuse. La fenêtre grande ouverte, j'écris ces quelques lignes à mon bureau. Ma main garde sur elle l'odeur des tomates que je viens d'éclaircir. J'allume la lampe en laiton : la nuit approche. "Sur la brune" lit-on chez Casanova.
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