09/07/2009

Brouillons

 

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Brouillons au mur

08/07/2009

Gare

J'entre dans la gare et traverse le hall. Sur ma gauche, une jeune femme fouille dans son sac-à-main - elle ne trouve pas - le pose près du plan mural, l'ouvre en grand, plonge la main dedans - si vous êtes aussi élégante... Un train est annoncé. Je sors sur les quais, m'installe à l'abri sur un banc, ouvre Le monde diplomatique. Le ciel est gris. Il pleut depuis trois jours et, comme d'habitude, le monde se porte mal. "Excusez-moi... Vous êtes bien Gilles ?" Quelqu'un s'est approché de moi, je lève les yeux - un cadeau des dieux...

25/06/2009

Pétales

Le col de ton chemisier laisse entrapercevoir ta gorge hâlée par le soleil de l'après-midi. Je l'entrouvre davantage, libère quelques boutons, glisse mes mains sous l'étoffe pour atteindre l'extrémité de tes épaules nues qui frissonnent sous mes paumes. Du bout des doigts, je suis l'arête des clavicules jusqu'à ton cou qui se contracte. Tes paupières se ferment, tes lèvres s'entrouvrent à l'approche du bourdon butineur qui s'immisce entre tes pétales de fleur exquise, pollen, salive.

Voici venir les temps où vibrant sur sa tige

Chaque fleur s'évapore ainsi qu'un encensoir ;

Les sons et les parfums tournent dans l'air du soir ;

Valse mélancolique et langoureux vertige !

Nous perdons un instant l'équilibre. Tu inclines la tête, m'offre ce cou dans lequel je m'enfouis. J'inhale ton après-midi : sable, eau salée, pages cornées, huile solaire parfumée à la noix de coco. Ta voix transpire : "Tu es si doux, si tendre..."

21/06/2009

A bientôt

L'assomption approche : Marie va bientôt être propulsée comme une fusée, à la verticale - Poussin. Le compte à rebours a commencé, plus que quelques heures, les évènements se précisent - comète. Le téléphone retentit dès huit heures ce matin. Je décroche : "Gilles ? - Oui... - C'est Macha..." C'est la première fois que je vous entends. Jusqu'alors, vous étiez des phrases accompagnées d'une anodine photo d'identité en noir et blanc. Vous vous étoffez - respiration, voix modelée par une gorge, une mâchoire, un palais, une langue, des dents, des lèvres - un corps, votre corps. Vous balbutiez quelques phrases en français - votre train arrivera à seize heures trente, j'y serai ? "Oui - Alors... A bientôt !" Il m'accompagne toute la journée, ce abien'to...

21/06/09 23h15 - 23h30

19/06/2009

Tortue

L'eau se déchaîne - drue - sur ma sirène nue. Je l'écoute, tu t'en asperges dans la salle-de-bain juste à côté. La chambre est dans l'obscurité. Seule la lampe en laiton éclaire mon bureau. Les minutes s'égouttent. Assis nu sur ma chaise, les jambes ramassées, je pose sur mon genou gauche la tortue que tu m'as offerte hier - une petite tortue en fonte, noire, lourde, brillante. Sa carapace se laisse soulever et s'ouvre sur tout un monde - à boire et à manger - feutrine bordeaux. Boîte à bijoux. J'y dépose ma chaînette en argent et cette croix basque qui t'intrigue. Je referme le couvercle, des motifs rectangulaires ornent la carapace, 9 trépieds.

19/06/09 23h15 - 23h30

15/06/2009

Concision

"Tu me fais lire tes articles ? - Si tu veux." Tu t'installes à mon bureau, feuillette mes brouillons, je pars me doucher. Lorsque je reviens, tu es encore en train de lire. Seule la lampe en laiton éclaire les feuilles volantes disposées devant toi. Elles se sont posées là, ne demandent qu'à s'envoler de nouveau à travers tes yeux. Je te regarde lire le dos tourné. Je m'approche de toi. Tu sursautes : "Tu m'as fait peur ! Je ne t'ai pas entendu venir..." Je pose mes lèvres sur ta phrase, tes frêles bras nus enlacent mon cou - ces yeux, mon dieu. "Un proverbe russe dit que la concision est la marque du talent" dis-tu en tournant la tête vers mes brouillons. Je souris : "J'aime beaucoup ce proverbe".

15/06/09 23h35 - 23h50

11/06/2009

Improvisation

Je me réveille - la nuit vire au bleu sombre - tache d'encre - bientôt l'aurore et une autre journée à écrire - "Je vais tomber !" - Tu t'agrippes à moi d'une main, l'autre bras est tendu vers le sol - "Je vais tomber !" - tu vas passer par dessus bord et tomber du lit, je t'attrape et te hisse sur le pont - mon ventre est trempé de sueur - je me suis endormi collé contre toi, dans ton dos, mes bras t'enveloppaient complètement - j'ai dû te pousser vers le bord du lit pendant mon sommeil - tu te blottis contre moi - ta peau, sel, soleil - poses tes lèvres sur les miennes, je te distingue à peine, te lis du bout des doigts - omoplate saillant, creux des vertèbres, deux collines jumelles qui se tendent sous mes mains - raidillon - puis s'entrouvrent, cuisses, entrejambe, tes lèvres butinent mon cou, une de tes mains plane au-dessus de mon sexe, se pose sur lui, paume ouverte, l'enserre, l'apprivoise, le caresse jusqu'à ce qu'il durcisse à ta convenance - tes lèvres butinent mon cou, mes doigts ratissent tes cheveux, je les rassemble au-dessus de ta tête - te voici sur moi, j'aperçois tes yeux dans l'obscurité, tu m'embrasses, te redresses légèrement, joue avec ton ventre, te frotte contre moi - je te sens me saisir puis me faire entrer en toi doucement, tu t'ouvres sur mon passage, corridor étroit, chaleur enveloppante, ton ventre me happe, m'avale - "J'aime sentir ton sexe retrousser mes lèvres" me murmures-tu tout en m'aspirant plus profondément, jusqu'à buter contre mon bassin - "J'aimerais t'avoir tout entier en moi - J'aime te sentir m'envelopper. Ton coeur, là." Tu te soulèves doucement, tu me laisses échapper, pas complètement, à la limite, puis tu redescends en souriant - tes dents claires - toujours lentement, jusqu'au bout. "Attends un peu : laisse-moi rester un instant immobile au fond de toi. - Oui, sens comme mon ventre t'aime..." puis tu reprends tes mouvements, te contractes parfois pour mieux me retenir, t'ouvres généreusement pour me happer avec voracité, ténacité - ta respiration, sel, soleil - "Je veux que tu me donnes tout de toi..." - Comment te le refuser ? Le jour se lève, accompagné du chant des oiseaux - râle timide, lèvres mordues, tu t'immobilises - statue -

11/06/09 23h00-23h45 

08/06/2009

sable

Des grains de sable sont incrustés dans votre menton, je les décolle du bout des doigts - diamants dessertis - pollen qui tombe - "Vous en avez dans les cheveux" dites-vous en ébouriffant ma nuque. "Petit hérisson !" Votre buste épouse mon dos, votre bouche goûte mes épaules, vos bras enlacent mon ventre - J'aime à la fureur les choses où le son se mêle à la lumière.

08/06/09 - 23h30/23h45

06/06/2009

Départ

Prends ce foulard rouge... Noue-le autour de ton cou... Voilà... Tu l'emporteras avec toi. Une partie de son histoire est passée par moi, il poursuivra avec toi, voyagera, franchira les frontières. Où terminera-t-il sa course ? Dans une haie d'aubépines blanches ? Dans un fossé, sur le bord d'une route ? Trop tôt pour le savoir. Et ces phrases, là ? Celles que je trace en ce moment... Où iront-elles ? Par qui seront-elles lues ? Quel sera leur sort ? Je ne le saurai probablement jamais. Aucune importance : elles auront, elles aussi, leur chance. Elles s'échappent d'entre mes doigts, s'envolent et s'éloignent au gré du vent, comme toi à présent... Mon écureuil roux... Macha, ma chance...

06/06/09 - 23h15 / 23h30

02/06/2009

Maillot

Vous n'avez pas de maillot de bain ? Alors nous nous arrêterons dans une boutique en chemin. Les rayons en sont pleins ! Celui-là, qu'en dites-vous ? Plutôt le noir ? Va pour le noir ! "Savez-vous d'où vient le mot bistrot? - Non." Vous vous penchez au-dessus de la petite table ronde pour approcher votre bouche de mon visage : "Je vais me changer dans les toilettes". Je reste seul à la terrasse du café. Vous voyagez avec presque rien, un baise-en-ville c'est tout. Je suis surpris lorsque je vous accueille à la gare. "Pas d'autres bagages ? - Non." Coeur léger. Vous revenez, vous asseyez en face de moi, calme, élégante. Rien n'a changé en apparence si ce n'est ce cordon noir à la lisière du col entrouvert de votre chemisier qui vient se nouer derrière votre cou. Vous délacez vos chaussures, les tenez dans votre main droite et avancez, pieds nus, sur le sable. "Nous nous installons ici ? - Entendu." L'étoffe légère de votre pantalon fasseye sur vos chevilles. Vous levez un pied, puis l'autre.

Mardi 2 juin 2009 - 23h30 23h45

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