29/11/2009
Pierre Cormary
Pierre Cormary poursuit sa lecture du masochisme dans le deuxième volet de L'enfant qui criait au loup.
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24/11/2009
SM
Les Fêtes approchent, et notre charmante Aurora dresse (sic) sa liste de cadeaux qu'elle enverra au Père-Noël.
Et puisque nous sommes dans le SM, je vous signale un très intéressant article de Pierre Cormary sur le masochisme.
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23/11/2009
La poésie cosmétique
En 2008, à l'occasion du Printemps des poètes, mon ami Jean-Michel Devésa faisait remarquer que la poésie, faute d'habiter le quotidien de chacun, n'était plus qu'un produit cosmétique comme les autres. Ce constat, désabusé et néanmoins souriant, me touche infiniment. Combien il serait utile de rappeler cette phrase d'Isidore Ducasse (dont l'oeuvre vient d'être rééditée en Pléïade) : "La poésie doit être faite par tous." Ou bien cette autre : "La mélancolie et la tristesse sont déjà le commencement du doute ; le doute est le commencement du désespoir ; le désespoir est le commencement cruel des différents degrés de la méchanceté."
Jean-Michel qui, aujourd'hui, cite sur son blog Philippe Forest. Une phrase, notamment, me percute : "La vision prophétique brute est toujours à l'horizon du récit vrai."
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20/11/2009
La pornographie et ses industries
Le colloque La pornographie et ses industries, dirigé par Jean-Michel Devésa, qui se tenait hier à l'université Bordeaux 3 m'a beaucoup apporté (je ne suis probablement pas le seul). Résonnent encore en moi ces passages d'Alain Robbe-Grillet lus par Jean-Michel ; la nécessité, selon Jacques Abeille, de la métaphore (et donc de la poésie) lorsqu'on écrit un livre pornographique ; les exercices de voltige d'Alexandre Richet ; la brillante intervention de Méhani Patrigeon où perle le fétichisme quotidien de Vladimir Nabokov, le sénateur Jolibois ponctuant l'improvisation d'Emmanuel Pierrat ; l'efficace présence d'Anaïs ; et ("last but not least") une charmante conversation avec Rubis.
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29/03/2009
Casanova en France (2)
Casanova, de passage à La Tronche, près de Grenoble : "Je ne pouvais pas m'empêcher de descendre en moi-même pour me trouver heureux. Parfaite santé à la fleur de mon âge, sans nul devoir, sans avoir besoin de prévoir, pourvu de beaucoup d'or, ne dépendant de personne, heureux au jeu, et favorablement accueilli des femmes qui m'intéressaient, je n'avais pas tort de me dire saute marquis." Il séjourne ensuite à Avignon puis à Marseille, où il croit reconnaître Venise et où il rencontre Rosalie : "Elle courait à moi hors de propos, et dans l'enthousiasme elle m'appelait son enfant auteur de son bonheur, et elle me mangeait de baisers, elle faisait enfin mon bonheur ; et dans la vie rien n'étant réel que le présent, j'en jouissais, rejetant les images du passé, et abhorrant les ténèbres du toujours affreux avenir, car il ne présente rien de certain que la mort ultima linea rerum."
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27/03/2009
"Revanche du poétique" par Luc de Goustine
Le numéro 944 du bi-mensuel Royaliste publie un article de Luc de Goustine intitulé Revanche du poétique. Revenant sur le conflit social qui a sévi dans les départements d'outre-mer, Luc de Goustine signale ensuite le Manifeste pour les "produits" de haute nécessité. Ce manifeste revendique, au-delà des produits de première nécessité, le droit à une existence supérieure : "Combat mondialisé : le péril ne vient pas du béké, ni du capitalisme en soi, mais du "dogme du libéralisme économique qui s'est emparé de la planète, pèse sur la totalité des peuples, et préside dans tous les imaginaires - non à une épuration ethnique mais bien à une sorte d'épuration éthique (entendre : désenchantement, désacralisation, désymbolisation, déconstruction même) de tout le fait humain..." réduit au seul horizon d'être consommateur ou producteur." Ceux qui voulaient liquider "l'héritage de mai 68" sont servis : "Nous appelons à une haute politique, qui installe l'individu, sa relation à l'Autre, au centre d'un projet commun où règne ce que la vie a de plus éxigeant, de plus intense et de plus éclatant, et donc de plus sensible à la beauté."
Luc de Goustine aurait pu également citer ce passage, à mon avis essentiel : "C'est le gratuit en son principe qui devrait s'installer aux fondements de nos sociétés neuves et de nos solidarités imaginantes."
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Michel de Montaigne et Etienne de La Boétie
L'amitié entre Michel de Montaigne et Etienne de La Boétie naît grâce au livre de ce dernier : La servitude volontaire. Cette amitié est donc au départ une amitié littéraire. Les deux hommes deviennent des compagnons d'arme. Lorsque La Boétie décède, il lègue à son ami "sa bibliothèque et ses papiers", et lorsque Montaigne entreprend Les essais, son défunt ami n'est pas loin : "Et si, en l'aage que je l'ay conneu, plus avancé, il eut pris un tel desseing que le mien de mettre par escrit ses fantaisies, nous verrions plusieurs choses rares et qui nous approcheroient bien près de l'honneur de l'antiquité car, notamment en cette partie des dons de nature, je n'en onnois point qui luy soit comparable." Et Montaigne d'ajouter : "Nous estions à moitié de tout, il me semble que je luy desrobe sa part." L'honneur de l'antiquité, c'est désormais seul que Montaigne cherche à s'en approcher, mais le souvenir de son ami est toujours vivace : "Il n'est action ou imagination où je ne le trouve à dire comme si eut-il bien faict à moy." Les innovations calviniennes menacent tout. Ils ne seraient pas trop de deux pour y résister.
"S'il eut eu à choisir, il eut mieux aimé estre nay à Venise qu'à Sarlac ; et avec raison." Quel film ! Montaigne et La Boétie ensemble à Venise...
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24/03/2009
Hommage de Jean-Michel Devesa à Pierre Bourgeade
Mon ami Jean-Michel Devesa vient de publier un très pénétrant hommage à Pierre Bourgeade. C'est suite à sa lecture que m'est revenue à l'esprit l'amitié de Michel de Montaigne pour Etienne de La Boétie. Allez Jean-Michel : bientôt maire de Bordeaux !
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"La servitude volontaire" d'Etienne de La Boétie
Ne vous plaignez pas de n'être pas libre : il ne tient qu'à vous de l'être. Ainsi pourrait se résumer le fameux traité d'Etienne de La Boétie sur la servitude volontaire : "Mais, à parler à bon escient, c'est un extrême malheur d'être sujet à un maître, duquel on ne peut jamais assurer qu'il soit bon, puisqu'il est toujours en sa puissance d'être mauvais quand il voudra ; et d'avoir plusieurs maîtres, c'est, autant qu'on en a, autant de fois être extrêmement malheureux." De combien de maîtres dépendez-vous aujourd'hui dans votre vie quotidienne ? Faites le tour, dressez la liste de ces petits tyrans du quotidien. De quoi se nourrissent-ils ? De l'énergie que vous mettez à leur service : "Les tyrans, plus ils pillent, plus ils ruinent et détruisent, plus on leur baille, plus on les sert, de tant plus ils se fortifient et deviennent toujours plus forts et plus frais pour anéantir et détruire tout ; si on ne leur baille rien, si on ne leur obéit point, sans combattre, sans frapper, ils demeurent nus et défaits et ne sont plus rien, sinon que comme la racine, n'ayant plus d'humeur ou d'aliment, la branche devient sèche et morte." Nul besoin, donc, de combattre les tyrans : ils tombent d'eux-mêmes sitôt que plus personne ne les sert : "Soyez résolus de ne servir plus, et vous voilà libres. Je ne veux pas que vous le poussiez ou l'ébranliez, mais seulement ne le soutenez plus, et vous le verrez, comme un grand colosse à qui on a dérobé sa base, de son poids même fondre en bas et se rompre."
Mais les hommes souhaitent-ils vraiment être libres ? "Une seule chose est à dire, en laquelle je ne sais comment nature défaut aux hommes pour la désirer ; c'est la liberté, qui est toutefois un bien si grand et si plaisant, qu'elle perdue, tous les maux viennent à la file, et les biens même qui demeurent après elle perdent entièrement leur goût et saveur, corrompus par la servitude : la seule liberté, les hommes ne la désirent point, non pour autre raison, ce semble, sinon que s'ils la désiraient ils l'auraient, comme s'ils refusaient de faire ce bel acquêt, seulement parce qu'il est trop aisé." Et Etienne de La Boétie de s'interroger : comment l'homme peut-il accepter aussi facilement d'être un esclave alors que l'animal, lui, n'accepte la domestication qu'après avoir farouchement résisté ? Accoutumé à son sort, ignorant des époques passées où il était souverain, l'esclave ne remet pas en cause son asservissement : "C'est cela que les hommes naissent sous le joug, et puis nourris et élevés dans le servage, sans regarder plus avant, se contentent de vivre comme ils sont nés, et ne pensent point avoir autre bien ni autre droit que ce qu'ils ont trouvé, ils prennent pour leur naturel l'état de leur naissance." Cette servitude volontaire permet d'obtenir quelques contre-parties symboliques qui rendent l'esclavage "utile" : "Les théâtres, les jeux, les farces, les spectacles, les gladiateurs, les bêtes étranges, les médailles, les tableaux et autres telles drogueries, c'étaient aux peuples anciens les appâts de la servitude, le prix de leur liberté, les outils de la tyrannie. Ce moyen, cette pratique, ces allèchements avaient les anciens tyrans pour endormir leurs sujets sous le joug." Rien n'a changé depuis.
Michel de Montaigne s'est lié d'amitié avec Etienne de La Boétie suite à la lecture de ce traité. On le comprend.
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22/03/2009
L'ère du faux
Henry de Montherlant, Les célibataires : "D'ailleurs, en quelque ordre que ce fût, tout ce qu'on lui offrait sur les boulevards était faux - alors que, du moins, à notre époque, le seul luxe est l'authenticité. Les magasins exposaient des "bronzes" en creux et des colliers de "perles" à cent francs ; les camelots vendaient des "montres" à dix francs, des "parfums" qui étaient de l'eau rosée, des "stylos" qui n'étaient pas des stylos ; les cafés servaient des orangeades où il n'y avait pas d'orange, des orgeat où il n'y avait pas d'orge ; les gramophones jouaient des morceaux qui n'étaient pas, à beaucoup près, le morceau qu'avait créé le compositeur ; les banques affichaient des cours fictifs, les grands journaux des nouvelles inventées de toutes pièces, des photos truquées, les résultats d'épreuves sportives, résultats décidés à l'avance ; les cinémas déroulaient des films où il n'y avait aucunedifférence de talent, nous voulons dire de non-talent, entre la star multi-millionaire et la dernière des figurantes. Et tout cela était-il particulier à Paris ? Que non, mais cela s'y trouvait dans une grande tradition. Les oeuvres jouées ou chantées à quelques pas d'ici, et la façon de les jouer et de les chanter depuis des siècles témoignaient que, chez nous, rien n'est beau que le faux, le faux seul est aimable."
Montherlant écrit ceci en 1933 !
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