09/12/2009

Gabriel Matzneff chez Thierry Ardisson

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L'INA vient de mettre en ligne l'interview accordée le 18 février 1989 par Gabriel Matzneff à Thierry Ardisson pour l'émission Lunettes noires pour nuits blanches.

02/11/2009

Capitaines Courage

Saluons tout d'abord le jury du prix Renaudot de l'essai : il faut en effet bien du courage pour attribuer un prix littéraire à un homme aussi ostracisé que Daniel Cordier. Il eût été plus facile de couronner un auteur plus convenable comme Gabriel Matzneff. Allant à contre-courant de la compromission, le jury ne l'a pas fait. On s'en souviendra longtemps.

19/03/2009

Célébrité

"Cioran, lui aussi, avait eu droit, chez un médecin, à une conversation de ce genre, avec, en outre, une piquante cauda :

- Ah ! vous êtes écrivain, M. Cioran ! Très bien, très bien... Et sous quel pseudonyme publiez-vous ?

Cioran riait en racontant ça, et il avait raison : le rire, le plus efficace des antidotes à l'humiliation."

Gabriel Matzneff, Carnets Noirs 2007-2008

18/03/2009

Bonheur personnel

Le dernier volume des Carnets Noirs de Gabriel Matzneff (qui couvre les années 2007-2008) rassemble tout ce qui aura aimanté la vie de ce noble écrivain. C'est, il le dit lui-même, son testament, son chant du cygne. Mais c'est me semble-t-il la première fois qu'il formule très clairement la problématique de son art de vivre, une problématique commune à tous les hommes d'aujourd'hui. Le mercredi 26 mars 2007, Gabriel Matzneff écrit à Céline Ottenwaelter : "La question que se pose toute âme sensible est : comment, parmi les tragédies qui nous cernent - aujourd'hui ce sont l'Irak, le Tibet, la Palestine, le Kosovo, demain d'autres drames prendront la place de ceux-ci, chaque jour sur lequel se lève le soleil à son lot d'horreurs inédites - préserver, soigner, dorloter, faire fructifier son bonheur personnel sans en éprouver du remord, sans se sentir un monstre d'égoïsme." La réponse est dans la question.

10/03/2009

Gabriel Matzneff sur France Culture

Dimanche 8 mars 2009, Gabriel Matzneff était invité par Olivier Germain Thomas dans son émission Fort Intérieur, à l'occasion de la prochaine sortie des Carnets Noirs chez Léo Scheer. L'entretien peut être écouté ici.

27/02/2009

Carnets Noirs (2007-2008) de Gabriel Matzneff

Le 11 mars 2009 sortira aux éditions Leo Scheer les années 2007 et 2008 des Carnets Noirs de Gabriel Matzneff.

07/02/2009

Découverte de Gabriel Matzneff

Quel âge ? Dix-sept ? Dix-huit ans ? Comme chaque vendredi soir, je regarde Apostrophes. Philippe Sollers est sur le plateau de Bernard Pivot. Il parle longuement d'un écrivain présent à ses côtés. L'homme est élégant, sensible et drôle. Son nom ? Gabriel Matzneff.

Le lendemain, je me rends à la bibliothèque municipale. Elle occupe le second étage d'un ancien palais épiscopal. Le rez-de-chaussée, lui, est réservé au palais de justice. Essouflé, j'entre dans la salle d'apparât et me dirige droit sur les tiroirs où tout est recensé sur des fiches cartonnées. "M" comme Matzneff. Ont-ils un de ses livres ? Oui, plusieurs même, tous regroupés au fond de la salle dans l'enclave "littérature contemporaine". Je croise un escabeau en bois qui escalade une étagère défendue par une garnison de livres indéchiffrables... Le parquet craque... Nous y voilà... Etouffé entre deux pavés, un livre à la tranche rouge m'attend : Harrison Plaza. Je l'ouvre, lis comme à mon habitude les premières et les dernières phrases du livre. Sur la dernière page, là où les bibliothécaires insèrent la fiche cartonnée où est ensuite tamponnée la date limite du prêt, quelqu'un a écrit au crayon de bois : "Interdit au moins de dix-huit ans". Mon coeur palpite : va-t-on me refuser l'emprunt de ce roman ? J'ai, bien entendu, une envie irrésistible de lire ce livre. Je dois paraître plus vieux que mon âge : la bibliothécaire tamponne ma fiche et me laisse partir avec Harrison Plaza serré dans les bras. Vingt ans plus tard, je raconte l'anecdote à Gabriel Matzneff qui s'en amuse : "Si vous m'aviez raconté cela plus tôt, j'en aurais fait usage dans une préface".

27/12/2008

La poésie en actes

"Si j’étais en Enfer, je penserais toujours avoir une chance d’évasion. Je serais toujours sûr d’être capable de m’échapper. »

 

Francis Bacon

François Olivier (1487-1560) fut garde des sceaux, puis chancelier du Roi. On se souvient surtout de lui pour avoir réprimé la conjuration d’Amboise le 16 mars 1560 (prémices des guerres de religion). Montaigne mentionne un mot de lui dans son essai De la praesumption : « et me souvenant de ce mot du feu Chancelier Olivier , que les François semblent des guenons qui vont grimpant contremont un arbre, de branche en branche, et ne cessent d’aller jusques à ce qu’elles sont arrivées à la plus haute branche, et y monstrent le cul quand elles y sont. » Cette comparaison simiesque est reprise quelques siècles plus tard par Balzac : « Les parvenus sont comme des singes desquels ils ont l’adresse : on les voit en hauteur, on admire leur agilité pendant l’escalade ; mais, arrivés à la cime , on n’aperçoit plus que leurs côtés honteux. »

Le glissement de « cul » à « côté honteux » mérite qu’on s’y arrête : il illustre bien comment, en quelques siècles, la pudibonderie s’est emparée des esprits. « Sans parler de la liberté antérieure au christianisme, il est clair que la pudibonderie est de date récente, qu’elle est principalement le fait du XIXe siècle. On connaît la licence du théâtre Elisabéthain. Seule l’influence dominante de la bourgeoisie instaura ce monde asexué, prude et arrogant qu’évoque pour un Anglo-saxon le mot de victorien. Le christianisme du Moyen-Age n’avait pas, même dans ses églises, connut cette négation éhontée du corps et des frénésies qui l’animent. La pudeur agressive découle moins d’une culture du remords, que fondent la péché et la honte, que d’une économie réservant la richesse à l’accumulation industrielle, opposée aux festivités et à l’éxubérance de la vie médiévale. »

Qui a écrit cela ? Georges Bataille. Il est le premier, me semble t-il, à montrer que la pudibonderie est un phénomène économique : on dissuade les individus de dépenser leur énergie de manière improductive (dans la jouissance sexuelle, par exemple) pour l’assujettir ensuite à un projet plus rentable : le travail. Bien entendu, la dissuasion n’est jamais totale : des dépenses en pure perte demeurent : on s’arrange alors pour les rentabiliser après coup. C’est ici que l’argent entre en scène (prostitution plus ou moins déguisée) , mais aussi le couple, le mariage (rentabilisation sociale), le bébé (rentabilisation biologique) ; bref tout ce qui, d’une manière ou d’une autre, solidifie ce qui devrait être la fluidité même. C’est l’analogue d’une crucifixion.

Gabriel Matzneff a lui aussi eu sa crucifixion : c’était sur le mont Francesca, en 1976. « Il y a les femmes qui vous adorent, et les femmes qui cherchent à vous faire assassiner. L’ennui, c’est que ce sont les mêmes. » Bien vu. Voilà, il a été désarçonné, il remonte en selle, la cavale peut reprendre. En mieux.

« Après avoir bien léché, sucé, humecté son petit cul vierge, je l’ai sodomisée. Elle était aux anges, se trémoussant et en redemandant.

A 7 heures moins le quart nous nous sommes arrachés aux bras l’un de l’autre. « Comme ça passe vite ! » s’est exclamée l’adorable enfant. »

Et elle n’est pas la seule : une kyrielle de jeunes filles lui emboîtent le pas : Marie-Elisabeth, Pascale, Elisabeth, Agnès, Hadda, Manon, Brigitte, Isabelle, Aude, Anne, Marie-Laurence, Florence, Deniz, Maria, Guylaine… A côté de ce crucifié en cavale qu’est Matzneff, le Minotaure fait pâle figure, lui qui se contentait de sept jeunes filles et sept jeunes garçons par an.

« Anne, seize ans, encore tout du bébé, les rondeurs, la peau de nacre, les timidités, l’innocence, la manière – typique des gamines qui ne savent pas encore « embrasser » - dont elle me tend ses lèvres, la bouche arrondie, ouverte, comme celle d’un petit poisson qui monte à la surface de l’étang. Nous nous sommes beaucoup embrassés, mais je l’ai aussi caressée, léchée, je l’ai proprement sodomisée (son petit cul, vierge du moindre poil, vierge tout court), et aussi baisée en con. »

Voilà une très belle leçon de poésie en actes, une poésie aux antipodes du monde des adultes, ce monde où l’on apprend à prévoir, à travailler et finalement à être un bon esclave.

« 13 heures. Dans une heure je ferai l’amour à ma jeune inconnue. C’est excitant. Cela donne du sel à la vie. Autour de moi, dans ce restaurant chic de l’aéroport, des hommes, rien que des hommes, qui ont des rendez-vous d’affaires, rien que d’affaires. Mes antipodes. »

Le monde du travail n’a rien à voir avec celui de la jouissance : l’espace n’est pas le même, le temps non plus. Le temps du travail est horizontal, linéaire, chronologique, avec un passé, un présent, un futur, un développement : c’est le temps du projet. Le temps de la jouissance, au contraire, est vertical, synchronique, instantané : c’est « l’unique éternité identique à elle-même » dont parle Maître Eckhart. « Il avait la conviction qu’il existe une unité métaphysique du temps qui s’écoule, et que les noms que les êtres humains donnent à ses fragments éclatés – le passé, le présent, le futur – désignent une même réalité. » Ainsi raisonne Nil Kolytcheff , l’alter ego de Gabriel Matzneff, dans Ivre du vin perdu. C’est d’ailleurs dans ce roman que Matzneff affirme avec le plus de force son refus du temps linéaire, collectif. Le récit est sans cesse perforé par des réminiscences qui en brisent la linéarité, une linéarité qui elle-même se déroule sur un plan glissant constamment du passé au présent, puis du présent au passé. Un exemple ? Ouvrez Ivre du vin perdu au chapitre six. La scène commence au présent de l’indicatif. Nil est à Ceylan avec Rodin : piscine, banque, commerces, dispute, Nil dîne seul à l’Intercontinental, il rencontre un jeune gosse, Siry, l’emmène dans sa chambre. Sitôt arrivé, le gosse va se doucher. Pendant ce temps, Nil digresse sur la propreté des adolescentes françaises. Siry revient de la douche, le récit se poursuit, mais le présent de l’indicatif est abandonné au profit de l’imparfait… Comme si l’utilisation de l’un ou de l’autre était indifférente. Matzneff utilise plusieurs fois ce procédé, comme pour mieux faire sentir que la vie individuelle et souveraine échappe à une temporalité déterminée. Le temps social s’irréalise et laisse place aux tempi du style…